jueves, 17 de junio de 2010

article de Arnoldo en francais

 L'EvénementLe commentaire d'Arnoldo Palacios sur l'arrestation du général Pinochet
Né à Cértegui, village de mines d’or et de platine de la province du Choco (Colombie), Arnoldo Palacios vit en Normandie depuis de nombreuses années. Il a choisi de s’installer en France " parce que c’est la patrie des droits de l’homme ". Nous sommes heureux de l’accueillir au sein de la rédaction en tant qu’éditorialiste.
J’ai fait la connaissance du Docteur Salvador Allende en Colombie, à Bogota. Dans une assemblée solennelle, dans l’enceinte de l’Académie colombienne de la Langue, devant un public enthousiaste, plein d’espoir, nous l’écoutions défendre personnellement le programme et les actions de son gouvernement d’Unité populaire. Il nous démontra, par exemple, chiffres à l’appui, que la nationalisation des mines de cuivre n’obligeait pas à indemnisation : elles avaient déjà produit bénéfices somptueux pour ses exploitants et misère pour la grande majorité du peuple. Magnifique orateur, voix et façons amicales. Formant un petit groupe d’étudiants, de gens de métiers, de mères de famille, de jeunes filles au chômage, de paysans, nous avons plus tard sollicité audience auprès du président Allende, qui nous accueillit à l’ambassade du Chili. Nous avions pris la décision de lui poser franchement la question, à lui-même : ne craignait-il pas un coup d’Etat ? Il nous répondit que l’armée chilienne, par tradition, avait toujours respecté la légitimité.
Le président succomba, fidèle à lui-même, lors de l’assaut que dirigea le général Augusto Pinochet Ugarte, le 11 septembre 1973. 

Le poète prométhéique espagnol avait dit :
Il est mort, le héros
Son peuple va mourir.

Voilà que le 16 octobre de cette année 1998, le général est arrêté à Londres sur ordre de M. D. Baltasar Garzon Real, magistrat-juge auprès du tribunal central d’instruction n°5 de l’Audience nationale d’Espagne. Motif : " génocide, terrorisme et tortures ", (selon les nouvelles publiées).
Pourquoi est-ce l’Angleterre qui l’arrête ? Le mandat d’arrêt est international qui l’accuse de crimes contre l’humanité. Pourquoi est-ce d’Espagne que l’ordre de capture est lancé ? Parce que le magistrat Baltasar Garzón est espagnol, comme Don Quichotte, et parce qu’il est hispano-américain par le droit du sang. Tout le sang de l’Espagne pour une goutte de lumière ! dit encore le poète prométhéique Leon Felipe, l’Espagnol. Et il continue : Don Quichotte entre dans l’histoire, en habits de clown, et il clame par tous les chemins : "Justice ! Justice ! Justice !" Seuls, les éclats de rire du monde lui répondent : Il n’y a pas de justice ! Il n’y a pas de justice ! il n’y a pas de justice ! Ha ! Ha ! Ha !
Le magistrat Garzón Real vient d’interpeller la Justice et, du coup, il a sonné un branle-bas de combat dans le guêpier. Tout le monde va croire en la justice et demander que, sur-le-champ, on ouvre des hôpitaux, on fasse disparaître la faim, l’ignorance, la guerre... Comment est-il possible que, dans la Ville Lumière, à Paris, on meure d’inanition et de froid ?

Arnoldo Palacios
Ecrivain colombien